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L'abbaye de Vézelay
Blason de l'abbaye de Vézelay
Historique
Le narthex
Portail du Narthex
Girart de Roussillon fonde vers 858-859 les abbayes saints Pierre et Paul de Pothières et sainte Marie de Vézelay. La sainte patronne de l'abbaye à ses débuts est la vierge Marie et non la sainte de Béthanie ou Marie de Magdala.

Curieusement, au début du XIème siècle, les moines de Vézelay pensent que le corps de Marie Madeleine est enterré dans l'église carolingienne. La première trace écrite du pèlerinage de Marie Madeleine à Vézelay date de 1030.
Le 27 avril 1050, la bulle du pape Léon IX place officiellement l'abbaye de Vézelay sous le patronage de sainte Marie Madeleine.

Le pèlerinage du 22 juillet (fête de Marie-Madeleine) attire des foules considérables. De plus, Vézelay est une étape sur la route de Lorraine et d'Allemagne à Saint-Jacques-de-Compostelle et devient un des plus grand centre de pèlerinage de la chrétienté. La petite église carolingienne n'est plus assez grande pour accueillir les pèlerins. Vers 1096, on décide la construction d'une nouvelle abbatiale, l'actuelle basilique Sainte Marie Madeleine, qui fut consacrée dès 1104 mais achevée que vers 1215.

Le jour de Pâques 1146, saint Bernard de Clairvaux prêche à Vézelay la deuxième croisade en présence du roi Louis VII, d'Alienor d'Aquitaine et des grands vassaux. Et c'est encore à Vézelay, qu'en 1190, Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion se donnent rendez-vous au départ de la troisième croisade. Saint Louis y fit plusieurs pèlerinages : en 1244, 1248, 1267, 1270.

Mais depuis un certain temps, les reliques de Marie Madeleine à Vézelay sont sérieusement mises en doute. Dès le XIème siècle, un prieuré provençal, Saint-Maximin, prétend conserver le tombeau de Marie Madeleine.

La guerre des notices

Qui possède les ossements de Madeleine ? Vézelay et Saint Maximin se déclarent la guerre. Elles se battent à coup de notices interposées. Ce sont des notices agiographiques qui racontent la vie de sainte Madeleine et comment ses reliques sont arrivées dans chacune des abbayes. Les moines ne craignent pas de fabriquer de faux documents pour prouver l'authenticité de Leurs reliques. L'enjeu est de taille. Vézelay est riche et puissante ; elle compte le rester ; de son coté, Saint-Maximin commence à prospérer et voudrait bien que cela continue.

La légende de Badilon

René Louis raconte (1):

"... les sarrasins d'Espagne, ayant fait irruption en Provence et pillé la cité d'Aix, se retirèrent. Or beaucoup de gens savaient, dès ce moment, que Marie-Madeleine avait été inhumée dans le territoire de la cité d'Aix, par l'évêque saint Maximin. La curiosité du comte Girart [de Roussillon] et de l'abbé Eudes de Vézelay fut piquée par ce bruit : ils envoyèrent au pays d'Aix un frère nommé Badilon, avec la mission de retrouver, si Dieu le permettait, les restes de Marie-Madeleine et de les amener à Vézelay.

 "Badilon, avec son escorte, parvint sur le territoire de la cité d'Aix ; elle offrait partout l'image du désastre et de la mort. Comme le moine cherchait en vain quelqu'un qui puit le renseigner sur l'objet de sa mission, il arriva à un tombeau qu'il reconnut avec certitude pour celui de la Madeleine. En effet les sculptures représentaient l'onction de parfum chez Simon le lépreux et les scènes du mâtin de Pâques...


Statue de Marie-Madeleine
Marie-Madeleine

"Badilon, parfaitement informé du sens de ces bas-reliefs, profite de la nuit pour perforer le tombeau du coté des pieds, y trouve le corps intact, encore recouvert de la peau, les mains placées sur la poitrine ; une odeur suave s'en dégage, celle des aromates dont Maximin avait embaumé jadis le cadavre de la sainte. Le moine en reste là pour l'instant, va se coucher, mais la sainte lui apparaît en songe et l'encourage.

"Le jour suivant est consacré aux préparatifs du voyage de retour. Quand la nuit revient, Badilon retire le corps du tombeau, l'enveloppe de linges très propres et le charger sur un véhicule. Le petit cortège passe par Salon-de-Provence, Nîmes, où l'on fait halte dans une église : là, Badilon, afin de faire tenir le corps dans un cercueil de dimensions moins voyantes, procède à la dissection du corps saint et, après avoir amputé tous les membres, les range soigneusement le long du tronc.

"On arrive enfin à un mille de Vézelay, au lieu qui est appelé maintenant encore le Coudray Badilon. En cet endroit, le corps saint devient si lourd que tous les compagnons ensemble n'arrivent plus à le soulever. L'un d'eux est dépêché à l'abbé Eudes, auquel il fait part à la fois de l'heureux succès de l'expédition et du petit incident de dernière heure. L'abbé et ses moines vont alors au devant de la Madeleine en procession avec croix, cierges et encensoirs, vêtus d'ornements blancs. Quand la procession est arrivée au Coudray Badilon, le cercueil de la sainte devient si léger que les porteurs n'en sentent plus le poids. Bientôt c'est l'entrée triomphale dans l'église abbatiale, au son des cloches, parmi les lumières et les chants des moines... "

D'autres notices ignorent totalement le moine Badilon, attribuant le transfert des reliques au seul Girart de Roussillon qui devint, malgré lui, le héros d'une célèbre chanson de geste.

Les reliques de Marie-Madeleine


Reliquaire de sainte Marie-Madeleine
Principal reliquaire
Pour ranimer la foi des pèlerins de Vézelay, " il convenait de vérifier les reliques et de les montrer au peuple ", en conséquence, dans la nuit du 4 au 5 octobre 1265 Gui de Mello, évêque d'Auxerre, et Pierre, évêque de Césarée, accompagnés de tous les moines, firent exécuté des fouilles sous le grand autel. Au bout d'un moment, les terrassiers rencontrèrent un coffre rectangulaire en métal qui contenait divers ossements, parmi lesquels beaucoup de cheveux de femme, enveloppés dans deux voiles de soie. A côté, on trouva un diplôme plus que douteux dans lequel un prétendu roi Charles certifiait que les reliques appartenaient à Sainte Marie-Madeleine.

Le 24 avril 1267, dimanche de la Quasimodo, le roi Louis IX (saint Louis), entouré de son frère Alphonse de Poitiers, de son gendre Thibaut V de Champagne, roi de Navarre, de son fils aîné, le futur Philippe le Hardi, et de deux autres de ses fils, de son neveux, le jeune prince Charles qui fera des fouilles à Saint Maximin (voir ce chapitre), du duc Hugues IV de Bourgogne, du légat Simon de Brion, futur pape Martin IV, de Gui de Mello, évêque d'Auxerre, et de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, procède à la translation des reliques de Marie-Madeleine. Celles-ci furent retirées du coffre métallique et exposées à la vénération des fidèles dans une châsse d'argent pur, sauf quelques fragments que le roi fit enchâsser dans deux reliquaires de vermeil, ornés de pierreries.

Saint-Maximin

Les moines de Saint Maximin répondent du tac au tac : le corps de la sainte n'était plus dans son tombeau quand Badilon est venu le chercher en Provence. A l'approche des Sarrasins, le corps de la Sainte a été caché dans le tombeau de saint Sidoine, et celui de Sidoine a été mis à la place de Madeleine. Les ossements de Vézelay sont ceux de saint Sidoine !

Le 9 décembre 1279, les reliques de Marie Madeleine sont officiellement découvertes à Saint-Maximin. Fin de l'histoire, Vézelay ne s'en remettra pas.


(1) René LOUIS, Girart, comte de Vienne, (...819-877) et ses fondations monastiques, 3 vol., Auxerre, 1946-1947

©Victor Mortis, 2003-2006