Les Saintes-Maries-de-La-Mer

 

La légende

     Après l'ascension du christ, Marie-Madeleine, Marthe sa soeur, Lazare son frère, Marie Jacobé, soeur de la Vierge, Marie Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean, Maximin, l'un des 72 disciples, Marcelle, Sidoine, et d'autres encore, quittèrent Jérusalem à cause des persécutions que les chrétiens subissaient. Mais à Joppé, ils furent capturés par les infidèles et jetés dans un bateau sans voile, ni rame. Avec l'aide de Dieu, le navire traversa sans dommage la Méditerranée et s'échoua en Camargue. Sur la plage, ils élevèrent un autel en terre pétrie pour y célébrer leurs mystères, puis après quelques temps, ils se dispersèrent. Maximin se dirigea vers Aix ; Marie-Madeleine se retira à la Sainte Baume ; Lazare se rendit à Marseille, Marthe à Tarascon. Marie Salomé et Marie Jacobé restèrent sur cette plage avec leur servante Sara. Elles gardaient avec elles, le chef de Jacques le Majeur, fils de Marie Salomé et les têtes des Trois Innocents. Après une vie austère de dur labeur et de prières, elles moururent et furent enterrées sur place. Plus tard, à cet emplacement, on bâtit une église.

Les Saintes Maries de La Mer

     A l'origine, le site se trouvait à l'intérieur des terres, le cordon littoral ayant sensiblement reculé. Au IVe siècle av. J.-C. Festus Avienus mentionne une cité antique, l'oppidum Râ, laissant penser que celle-ci avait déjà probablement disparue. Au VIe siècle après J.-C. l'église existante se nomme " Sancta Maria de Ratis ", du vieux mot gaulois " ratis " qui désignait les plateaux de terres semblant flotter au dessus d'une plaine. En français, cela donna Sainte Marie du radeau, puis Notre Dame de la Barque. Le village se nomma également " les trois Maries ", puis les Saintes-Maries-de-la-Mer.

Le roi René d'Anjou fit effectuer des fouilles en 1448 sous l'église où des reliques furent découvertes, et officialisa le culte des Maries.

Les Matres

     Aussi appelées matrae ou encore matrones, les matres étaient des déesses mères protectrices, symboles de la fécondité. Elles étaient représentées par groupe de trois. Elles tenaient sur leurs genoux des fruits dans une corbeille ou une corne d'abondance, ou bien elles versaient sur la terre le contenu d'une patère ou coupe. Parfois, l'une d'entre elles portait dans son giron un nourrisson qu'elle allaitait.

Les trois Matres sont devenues les trois Maries. Le culte des Saintes Maries succéda à celui d'une triade de déesses mères si ancré dans l'inconscient collectif que sa marialisation (la première église du lieu était consacrée à la Vierge Marie) n'a pas suffit. Il fallait trois Marie et pas une de moins. Le culte était si tenace que quand la légende a fait partir Marie-Madeleine pour la Sainte-Baume, on dut rajouter un nouveau personnage, Sara. La patronne des Gitans ne se nomme pourtant pas Marie. Salomé non plus ne se nommait pas Marie ; les prénoms composés n'existaient pas chez les juifs du 1er siècle ; on lui a accolé le nom de Marie pour respecter la triade. Ainsi elle prit le nom de Marie Salomé.

Les Têtes Coupées

  
     Les crânes de Jacques le Majeur et des trois innocents évoquent le culte des têtes coupées des Ligures qui vivaient dans la région. Cette pratique a perduré, symboliquement, bien après l'antiquité. En effet, la statue de Sara, que l'on doit considérer comme une vierge noire, a été décapitée. Une tête plus grosse lui a été fixée. Sur une autre statue, on peut remarquer que Marie Jacobé et Marie Salomé ont été décapitées à leur tour !

La barque

     Les saintes sont fêtées deux fois l'an, le 25 mai pour Marie Jacobé et le 22 octobre pour Marie Salomé. Lors de la procession, les effigies des deux Maries debout dans leur barque, sont portées jusqu'à la mer. On les plonge au milieu des vagues.

Là encore, on devine la réminiscence d'un culte ancien, celui d'Isis et de la barque solaire, la barque de Râ.

Sara la Noire - Sara la Kali

     Les traditions ne s'accordent pas sur son origine. Pour l'Eglise, elle vient de Palestine. Elle est arrivée avec les saints de Béthanie. Pour les Gitans, elle vivait en Provence avant l'arrivée des Maries.

Sara est incontestablement une Vierge Noire.

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©Victor Mortis, 2003-2006