La Sainte-Baume et Saint-Maximin

 

Sur cette gravure Marie Madeleine
est visiblement enceinte
La légende
Après avoir évangélisé les Marseillais, Marie-Madeleine se retira dans la grotte de la Sainte-Baume où elle vécut 30 ans en ermitage. Elle n'eut pour vêtement que la toison de ses cheveux, et pour nourriture, que les chants des anges qui l'élevaient quotidiennement dans les cieux, sept fois par jour, dit-on. Elle quitta la Sainte Baume pour mourir auprès de saint Maximin, l'un des 72 disciples, dans la petite bourgade où il avait construit son oratoire et qui porte aujourd'hui son nom. Il ensevelit la sainte dans un sarcophage d'albâtre.
Saint Cassien et ses cassianites
En 415, Jean Cassien fonde l'abbaye St Victor à Marseille. Ses successeurs établiront près de la Sainte-Baume des religieuses nommées Béguines, et à la Sainte-Baume même, des religieux que l'on nommera plus tard Cassianites.

La grotte était inaccessible du temps de Cassien et jusqu'au début des pèlerinages. Ce sont les cassianites qui creusèrent un sentier et un escalier afin que les pèlerins puissent y monter. " Des anges avaient porté Marie-Madeleine en ce lieu escarpé " dit la légende hagiographique.

L'église de la Sainte-Baume se nommait "sancta Maria de Balma" ou Notre Dame de la Baume.
Le Saint Pilon
Sur la route de la Sainte-Baume, près de Saint-Maximin, au point où le chemin de ce bourg se relie à la voie Aurélienne, la colonne qui porte le groupe de pierres est appelé Saint-Pilon. C'est dans ce lieu que le jour de sa mort, Marie-Madeleine fut transportée de sa grotte et déposée par les anges pour recevoir la communion des mains de saint Maximin.

Il existe à la Sainte-Baume un autre Saint-Pilon : à la cime du roc où se trouve la grotte. C'est là que Marie-Madeleine était élevée 7 fois par jour. On y construisit d'abord une colonne semblable à celle de la voie Aurélienne, puis une chapelle autour de ce pilier.
Les origines de Saint-Maximin
Les fouilles archéologiques sur le site Saint-Maximin révèlent une occupation romaine dès le IIème siècle av. J.-C. On y découvre les traces d'une villa et d'un castrum, ainsi qu'une colonne militaire au débouché de la voie Aurélienne. Rodani fut le premier nom de la localité. C'était en fait le nom du castrum. Un modeste village se forma en dehors des murailles. Le castrum et l'ancienne abbaye construite par les cassianites sont à l'origine de l'expansion de l'agglomération qui deviendra plus tard le bourg de St-Maximin.
Vézelay (voir ce chapitre)
Il existait une forte rivalité entre Vézelay et Saint-Maximin. A Vézelay, on prétendait aussi posséder les reliques de sainte Madeleine. Au XIII ème siècle, on disait même que ces reliques venaient de la crypte de Saint-Maximin. Girard de Roussillon serait venu les prendre au temps des sarrasins, sous Lothaire, pour les emmener à l'abbaye de Vézelay.
Le prince de Salerne

Le 9 décembre 1279, Charles II, prince de Salerne, neveu de saint Louis, futur comte de Provence et roi de Sicile entreprend des fouilles à Saint-Maximin. Le père Gavoty dit que sainte Madeleine fit connaître au prince l'endroit où reposaient les reliques, "...dans un champs voisin de Villelate, là même on trouverait une plante de fenouil toute verdoyante."

Charles creusa, aidé de terrassiers, déblaya la crypte et mit à jour les sarcophages. L'un d'eux était celui de saint Sidoine. Charles ordonna de l'ouvrir. Une merveilleuse odeur s'échappa du tombeau. Il se pencha pour regarder à l'intérieur, puis le fit refermer et le scella de son sceau. Pour lui, pas de doute, c'était le corps de sainte Marie-Madeleine qu'il venait de découvrir.

Le 18 du même mois, soit 9 jours plus tard, en présence d'un grand nombre de prélats, de gentilshommes et des archevêques d'Arles et d'Aix, Charles fit rouvrir le tombeau et procéda à l'inventaire.

Pourquoi les ossements de Marie-Madeleine se trouvaient-ils dans le tombeau de saint Sidoine ? La raison en est simple : avant l'arrivée des sarrasins, les cassianites craignant fort pour les reliques de leur sainte, transportèrent celles-ci dans le sarcophage de Sidoine et les restes de ce dernier furent placé dans le tombeau d'albâtre. Quand Girard de Roussillon vint prendre les reliques de la sainte, ce fut celles de Sidoine qu'il emporta à Vézelay ! Ainsi St-Maximin détenait toujours les reliques de Madeleine. Quant à Vézelay ...

Donc, on rouvrit le sarcophage. Valuy nous raconte :

 "Lorsqu'on ouvrit le tombeau, il se répandit une suave odeur de parfum comme si l'on eut ouvert un magasin d'essences aromatiques; tous les assistants attirés par ces merveilleuses émanations se précipitèrent, et reconnurent à ce premier prodige, celle qui avait embaumé Jésus...

"La langue, au milieu des ossements arides de ce corps et malgré l'absence de l'os maxillaire inférieur, fut trouvée sans corruption, desséchée mais inhérente au palais, et il en sortait un rameau de fenouil verdoyant ; tous considérèrent à l'aise ce second prodige..." etc.

La main du prince rencontra un objet dans la poussière du tombeau. C'était un très vieux morceau de liège qui se brisa sous ses doigts. Une petite feuille de parchemin s'en échappa. Une inscription latine y était encore visible, mais difficilement déchiffrable :

"L'an de la nativité du Seigneur 710, le sixième jour du mois de décembre, sous le règne d'Eudes très pieux roi des Francs, au temps des ravages de la perfide nation des Sarrasins, le corps de la très chère et vénérable Marie-Madeleine a été très secrètement et dans la nuit transféré de son sépulcre d'albâtre dans celui-ci, qui est de marbre, et d'où l'on a retiré le corps de Sidoine, afin qu'il y soit plus caché et à l'abri de ladite perfide nation."

Le roi Eudes cité dans l'inscription est supposé être Eudes d'Aquitaine, puisqu'il n'y eut pas de roi de France de ce nom en 710. Cet écrit est plus que douteux. Il a d'ailleurs disparu quelques siècles plus tard quand la science a commencé à le contester.

Et on referma le couvercle, encore une fois et on y apposa les sceaux.

Le 6 mai 1280, Charles reconvoque les mêmes et on ouvre à nouveau le tombeau, cette fois pour prélever les ossement de la sainte et les enfermer dans différents reliquaires, et là, surprise ! " L'on trouva dans le tombeau cette autre inscription qu'on eut beaucoup de mal à déchiffrer : Ici repose le corps de Madeleine ".

Bernard Gui, qui était présent, ajoute que la seconde inscription avait été trouvée enfermée dans un globe de forme ronde (sic !) enduit de très vieille cire, qui la mettait à l'abri de l'air.

Que de cafouillages et de rebondissements ! Retrouver un deuxième parchemin alors qu'un inventaire méticuleux des reliques avait été fait 5 mois plus tôt ! Nous avons d'ailleurs beaucoup de mal à croire que le sarcophage fut clos tout ce laps de temps.

La crypte et les sarcophages

Sarcophage de Marie-Madeleine

Les meilleurs archéologues sont d'accord pour reconnaître que ces monuments n'ont rien à voir avec Marie-Madeleine et les autres saints patrons de la Provence, mais qu'ils appartenaient à une riche famille chrétienne gallo-romaine ou mérovingienne.

Une analyse a été effectuée en 1953 sur le sarcophage de sainte Marie-Madeleine. Il n'est pas en albâtre mais taillé dans un marbre extrêmement rare. Il vient en effet des carrières impériales de la mer de Marmara, dans le Proconnèse, près de Constantinople. Ce marbre, très cher, servait à faire des statues et des sarcophages de gens illustres.

Dans la crypte, on pouvait voir à l'origine quatre sarcophages sculptés de l'école arlésienne (Vème siècle) et fixés au mur, quatre dalles gravées au trait (VIeme siècle) représentant respectivement :

 - le sacrifice d'Abraham
 - Daniel dans la fosse aux lions
 - la Vierge enfant
 - une orante
     
Les moines cassianites ayant installé (avant 1050) un prieuré dans l'église de Saint-Maximin commencèrent par identifier le Maximinus, titulaire de l'autel principal, avec le Maximus, évêque d'Aix (vers 524-541). L'un des sarcophages fut considéré comme son tombeau. Plus tard, un autre moine, probablement de bonne foi, vit sur un autre sarcophage ce qu'il prit pour "l'onction de Béthanie". C'était en fait le "lavement des mains de Pilate". Mais le moine prit Pilate pour le Christ, et le personnage qui présente l'aiguière pour Marie-Madeleine tenant le vase à parfum.
Marie Madeleine, déesse de fécondité
Dans le massif de la Sainte-Baume, il existe une autre grotte, appelée grotte aux oeufs. Autrefois, les pèlerins rapportaient des oeufs de la montagne, appelés "coucounets". C'étaient de petits reliquaires taillés dans des coquilles d'oeuf qui renfermaient un petit personnage en papier.

Le culte de la sainte est à rapprocher des cultes anciens de la triple Hécate et d'Artémis d'Ephèse. Artémis était représentée avec un grand nombre de seins. On sait aujourd'hui qu'elle portait en fait un collier pectoral couvert d'oeufs d'autruche, symbole de fécondité.

Depuis le début du culte de Madeleine, au moyen âge, le pèlerinage rend les femmes fécondes et assure le mariage aux jeunes filles.

Principal reliquaire de la sainte. Il contient son crâne

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Sources et bibliographie
Reportage sur la Sainte-Baume

©Victor Mortis, 2003-2006