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Octobre-Novembre 2004
Le phénomène «Da Vinci Code»
Le roman de Dan Brown, «Da Vinci Code» est en train de devenir le succès éditorial du siècle. Il s'en est vendu plus de 10 millions d'exemplaires dans le monde, et ce n'est pas fini, l'adaptation cinématographique a été confiée à Ron Howard. Le tournage du film commencera en mai 2005 (voir la bande annonce du film à la fin de cet article). Tom Hanks y incarnera le personnage principal tandis que Jean Reno interprétera le rôle de Bezu Fache. Un autre film inspiré du livre est réalisé dans le sud de la France, près de Foix. Les agences de voyages proposent des visites guidées des lieux où se déroule l'action du livre, principalement à Paris et à Londres. Des milliers de touristes affluent au Louvre et à l'église saint Sulpice ; à Temple Church, à l'abbaye de Westminster.
Ce polar ésotérique possède à l'origine tous les ingrédients pour devenir un roman populaire. L'auteur a voulu toucher le grand public, il a réussi. Facile à lire, ce n'est pas de la grande littérature mais le style est efficace, l'intrigue vous tient en haleine jusqu'à la fin. Des personnages de fiction côtoient des personnages réels comme Léonard de Vinci, Pierre Plantard, et même François Mitterrand. Ce livre est tout simplement la Quête du Graal, à portée de tous et non pas à une élite d'initiés.
Le début de l'histoire : Jacques Saunière, Conservateur en chef du musée du Louvre est assassiné, mais avant de mourir, il a le temps de laisser des indices, non pas pour que l'on trouve son meurtrier mais pour que l'on découvre le lourd secret dont il est le gardien. Robert Langdon, spécialiste de symbologie de l'Université d'Harward, de passage à Paris, est appelé en renfort. C'est à lui que le message est destiné et à Sophie Neveu la petite-fille de la victime.
Rennes-le-château
Les connaisseurs comprennent très vite que le roman est directement lié à l'affaire de Rennes-le-Château: le Prieuré de Sion, Pierre Plantard, le méridien de Paris, les peintres Poussin et Teniers, etc., et même Jacques Saunière, qui lui, rappelle évidemment l'abbé Béranger Saunière, le «curé aux milliards», détenteur d'un secret qui ferait "trembler" l'Eglise catholique. L'auteur s'inspire directement de livres anglo-saxons comme «l'Enigme sacrée» de Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln, du «Message» des mêmes auteurs, de «Rex Deus» de Hopkins, Simmans et Wallace-Murphy, du «Graal et la lignée royale du Christ» de Laurence Gardner, entre autres.
La "révélation" de Da Vinci code, c'est la "vraie vie " du Christ, son mariage avec Marie-Madeleine et leur descendance, une lignée prestigieuse qui aurait donné la dynastie des Mérovingiens et dont le Prieuré de Sion serait le vénérable gardien encore aujourd'hui. On comprend aisément que le grand public s'y intéresse, ce grand public qui a le sentiment d'avoir été berné depuis 2000 ans. Il sait plus ou moins que le christianisme a été bâti sur une suite d'inexactitudes, de contes pour enfants et, n'ayons pas peur des mots : de mensonges, mais celui-là est vraiment énorme, alors il s'interroge, il cherche à connaître la "vérité". Et l'Eglise grince des dents. Au Liban, le livre a été interdit de vente.
Dan Brown revendique seulement comme faits avérés, l'existence de l'Opus Dei et du Prieuré de Sion, mais c'est là que ça se gâte, car ses sources au sujet du Prieuré sont douteuses. Les ouvrages cités plus haut semblent bien avoir été écrits pour redorer les blasons et légitimer les monarchies vieillissantes d'Europe, et pour accréditer un droit au trône de France à Pierre Plantard, dans l'attente d'une éventuelle restauration. De plus, leurs auteurs privilégient la piste des "Dossiers secrets" connus en France sous le titre de "Dossiers Lobineau", or il s'avère que ces documents sont des faux notoires. Le Prieuré de Sion, dans sa version actuelle, est une création de Pierre Plantard. Cela ne signifie pas pour autant qu'une autre organisation secrète plus ancienne n'ait pas existée, et peut-être même sous un autre nom, mais ça, c'est une autre histoire.
Tout n'est pas à jeter dans le roman de Dan Brown, la thèse du mariage de Jésus est sérieusement étudiée depuis quelques décennies. Si Jésus était rabbin et s'il enseignait dans les synagogues, il devait obligatoirement être marié. Là dessus, on nous rétorque que Jésus était esséniens, et que les esséniens ne se mariaient pas. L'idée d'un Jésus essénien provient de la découverte des Manuscrits de la Mer Morte à Qumrân, en 1947. Les Esséniens étaient une secte d'intégristes, obsédés par l'impureté, qui rejetaient les femmes, les malades et les infirmes, or les évangiles nous démontrent que Jésus avait une attitude toute contraire : il aimait s'entourer de femmes, plusieurs d'entre-elles le suivaient depuis la Galilée, il exorcisait, guérissait des malades et des paralytiques. Il est possible qu'il ait eu un enseignement essénien, mais c'est loin d'être prouvé, et si c'est le cas, il s'en est vite écarté.
Evidemment, révéler la sexualité du Christ, du Fils de Dieu, de Dieu fait homme, cela peut choquer, et c'est même blasphématoire me direz-vous. Mais si Dieu s'est fait homme, l'homme Jésus n'était pas qu'une moitié d'homme et il a très bien pu avoir une femme et des enfants.
Marie-Madeleine
Jésus aimait profondément Marie-Madeleine. Il suffit de lire les évangiles canoniques et apocryphes pour s'en rendre compte. Les apôtres ne comprennent pas pourquoi leur maître aime cette femme plus qu'eux. Et surtout, ce qu'ils tolèrent le moins, c'est qu'il lui enseigne plus qu'à eux. Quoi ? Elle, une femme, et de surcroît, une femme libre, instruite, cultivée, qui sait plus que nous, les hommes. C'est intolérable ! Pierre est jaloux et ne s'en cache pas.
Jésus ressuscité lui apparaît, à elle, la première. Il en fait son premier apôtre, son premier évêque. Il la nomme chef de la nouvelle Eglise. Il est le Nouvel Adam, elle est la Nouvelle Eve, et à travers elle, c'est la réhabilitation de toutes les femmes qui est prononcée.
De plus, c'est parce que Marie-Madeleine a été le premier témoin de la résurrection que le christianisme existe. Sans Marie-Madeleine, pas de résurrection, et pas de résurrection, pas de christianisme.
Mais les apôtres ne l'entendent pas ainsi, Marie-Madeleine sera destituée par Pierre et ses successeurs et on la taxera de "pécheresse" et de "prostituée". Vous connaissez la suite…
Conclusion :
Bien que l'auteur de «Da Vinci Code» commette quelques maladresses, à l'arrivée on retiendra que Marie-Madeleine a eu un rôle bien plus important dans l'origine du christianisme que ce que l'orthodoxie nous laisse entendre, et qu'il ne faut pas perdre de vue que ce livre est avant tout un roman.
Victor Mortis
Da Vinci Code : le film
Voir la bande-annonce
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Gérard Mordillat
Jérôme Prieur
Jésus après Jésus
L'origine du christianisme
Seuil, 2004 |
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Après Jésus contre Jésus, et à l'occasion de leur nouvelle série d'émissions intitulée L'Origine du christianisme, Jérôme Prieur et Gérard Mordillat ont mené leurs propres investigations sur la naissance de la religion chrétienne.
Entre l'an 30 et l'an 150, c'est-à-dire en un peu plus d'un siècle, le christianisme va se détacher du judaïsme dont il est issu, au point que les chrétiens finiront par se revendiquer comme le « véritable Israël ». Comment en est-on arrivé là ? Car jésus est né juif, il a vécu en juif, il est mort juif. Il n'a donc pas « fondé » le christianisme, et c'est un abus de langage de le désigner comme un « fondateur » de religion. Il est vrai qu'un groupe de disciples s'est réclamé de lui après sa mort, en proclamant sa résurrection. Comment ce groupe a-t-il fini par devenir « chrétien » ? Quel rôle jouèrent ses grandes figures: Marie, mère de jésus, Pierre, chef des disciples, Jacques, frère du Seigneur, et surtout Paul, qui se revendique « apôtre » alors qu'il n'a jamais rencontré Jésus ? Au prix de quelles contradictions, contorsions, illusions est-on par- venu à une nouvelle religion? Quelles traces de la fabrication du christianisme peut-on retrouver dans les textes (évangiles, Actes des Apôtres, épîtres de Paul) ?
Un livre percutant, sans concessions, sur un tournant de l'histoire du monde.
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