Les Vierges noires
(2ème partie)
 


III - Résurgence aux XIe et XIIe siècles

Beaucoup de statues païennes de type noir disparaissent au Ve siècle pour réapparaître vers le XIe siècle sous une forme chrétienne.


Le culte marial

Dans les tous débuts du christianisme, il n'est guère question de la Vierge Marie. Dans le Nouveau Testament, son rôle est très secondaire : elle n'est que la mère biologique de Jésus. Paul, quant à lui, ne fait aucune allusion à Marie, ni à Marie-Madeleine, d'ailleurs. Pour Paul, en effet, la nouvelle Eve, c'est l'Eglise, Epouse du Nouvel Adam : le Christ. La dévotion mariale n'apparaît, en fait, timidement, qu'à partir du IIe siècle, mais les allusions à son sujet restent encore très discrètes. On ne trouve aucune mention de la Vierge dans la Didachè, dans les textes de Clément de Rome, de saint Hermas, de saint Polycarpe, de Tatien et seulement quelques-unes dans saint Ignace, Aristide, saint Justin le Martyr et saint Irénée (21). C'est dans la lutte contre le gnosticisme et le docétisme, puis l'arianisme, que la dévotion mariale prend une importance croissante (22). Pour les gnostiques, Marie de Magdala a un rôle bien plus grand que la mère de Jésus. Les docétistes, quant à eux, ne reconnaissent pas la nature humaine du Christ. Enfin, pour Arius, le Christ n'est pas de même substance que le Père, il lui est inférieur, et donc Marie n'est pas la mère du Verbe, mais simplement la mère biologique de l'homme Jésus. Alors que la divinité et l'humanité du Christ sont contestées par différents courants religieux dans l'Eglise primitive, Marie devient un personnage de premier plan dans la doctrine de l'Incarnation adoptée par l'Eglise de Rome et qui deviendra l'orthodoxie. Pour contrecarrer attaques et controverses, la Vierge est déclarée « Mère de Dieu » (Theotokos) au concile d'Ephèse en 431.

Le culte mariale se développe plus tôt en Orient qu'en Occident (23). Ephèse, par son histoire et sa dévotion à Artémis et à la Magna Mater, est un terrain propice à la création d'un culte à la nouvelle déesse-Mère. Les premières églises consacrées à la Vierge datent de la fin du IVe siècle et du début du Ve . L'iconographie la représente fréquemment «  assise sur un trône à la façon et sous les traits d'Isis et d'Horus, portant la couronne murale de Cybèle, ayant sur les seins un masque de Gorgone, telle Athéna, et une représentation de l'enfant Jésus sur la poitrine . » (24)
« Les premières fêtes qui, au IVe siècle, furent consacrées à la Vierge, celle de l'Annonciation et de la Présentation, étaient surtout des fêtes du Christ. Ce fut seulement au siècle suivant que la Nativité et l'Assomption [15 août] furent célébrées en Orient, et elles ne furent observées en Occident qu'au VIIe siècle (...) » (25)

Saint Bernard

Au XII e siècle, Bernard de Clairvaux donne au culte marial une dimension jamais atteinte. La Vierge, qu'il nomme Notre Dame, devient la figure de proue de la chrétienté franque. Pour lui, le terme « Notre-Dame » désigne bien plus que la Mère du Christ : Elle est l'épouse du Verbe. Il sera d'ailleurs accusé de manquer de respect au dogme de l'Immaculée conception.

On a voulu voir dans les Vierges romanes de majesté et les Vierges noires des XIe et XIIe siècles de simples images de la présentation de l'enfant Jésus aux mages. Cette explication est un peu simpliste.

Lorsqu'on observe ces statues, on remarque que l'enfant est souvent mis en valeur, ne serait-ce que par sa taille, sa prestance, sa stature hiératique et grave. Contrairement aux représentations plus tardives de la Vierge, il ne s'agit pas d'un nouveau né, ni d'un tout petit enfant. La Mère présente en réalité un jeune homme, ou un homme âgé, ou sans âge , mais de la taille d'un enfant, un adulte miniature en quelque sorte. Il ne peut donc s'agir de la présentation de l'enfant Jésus aux rois mages mais de l'Homme-Dieu qui est retourné dans le ventre de sa Mère pour ressusciter dans les bras de l'Epouse. (Nous y reviendrons plus bas).

Il est intéressant de noter que les premières Vierges noires chrétiennes apparaissent en même temps que le culte de Marie-Madeleine à Vézelay, c'est-à-dire au XIe siècle et sont, à notre avis, indissociables.

Notre-Dame des Fers
Notre-Dame des Fers à Orcival (Puy-de-Dôme) du XIIe siècle.

Les visages et les mains ont été intentionnellement peints en noir. Nettoyée et restaurée en 1960, la statue retrouva ses couleurs d'origine.
 
L'enfant présente étrangement un visage d'adulte.
Détail

IV - Marie-Madeleine est-elle une Vierge noire ?

A Ephèse, une Madeleine reposait à l'entrée de la grotte des sept Dormants (cf. Symbolisme du 22 juillet). Dans le Coran, c'est un chien qui garde la grotte et le tombeau. Si le Chien a sa constellation dans le ciel, sur terre, il est un animal chthonien : Anubis, le dieu à tête de chien aide Isis à retrouver les restes de son époux démembré dont Seth a dispersé les morceaux ; Cerbère, le chien d'Hécate, quant à lui, garde la porte des Enfers.

Le caractère chthonien et régénérateur de Marie-Madeleine est bien mis en évidence dans les évangiles, au tombeau (qui se trouve dans une grotte), lors de la Résurrection.

Dans les Actes de Philippe, où elle prend le nom de Marianne, Madeleine reçoit l'ordre de se rendre dans la ville d'Ophéorymos, la « promenade des serpents » dont les habitants rendent un culte à la mère des serpents, la Vipère, qui n'est autre que Cybèle, la mère des dieux (26). Marianne et Philippe auront pour rôle d'éliminer ce culte païen.

Le serpent, animal chthonien par excellence, diabolisé par les monothéistes, était à l'origine androgyne et symbolisait la Wouivre, les courants telluriques, la Déesse Terre-Mère, la Mère Universelle dans toutes les autres religions.

La légende de la Sainte-Baume

En Occident Marie-Madeleine est devenue une Vierge noire, symboliquement et malgré elle, depuis qu'un hagiographe, dans la seconde moitié du IXe siècle, a composé sa vie, la Vita eremitica beata Mariae Magdalenae, sur le modèle de celle de sainte Marie l'Egyptienne. L'oeuvre était destinés à des moines cénobites du sud de l'Italie, et dans celle-ci Marie-Madeleine vit en ermite dans une grotte. Le lieu de l'ermitage n'est cependant pas précisé. La vita eremitica voyagera du IXe au XIe siècle jusqu'en Allemagne, puis en Francie occidentale à partir du XIIe siècle où elle sera largement diffusée sous plusieurs versions (27).

Il est probable que la vita eremitica arrivât en Provence directement par l'Italie et qu'elle fut connue par les provençaux plus tôt qu'en Bourgogne, mais rien ne le prouve. C'est seulement dans une copie du XIIe siècle que la légende de la Sainte-Baume y est mentionnée pour la première fois (28).

Symboles chthoniens et rites de fécondité

Orientée vers le Nord-ouest, la Sainte-Baume est une grotte sombre et humide, l'eau y dégoutte continuellement, et les sources abondent dans la région. C'est là que Marie-Madeleine aurait vécu recluse pendant trente années. Non loin de ce site, elle aurait aussi visité une autre grotte, la grotte aux oeufs, dans laquelle elle aurait écrasé un nid de vipères.

La région de la Sainte-Baume a toujours été liée aux rites de fécondité. Dans l'église paroissiale du Plan-d'Aups, on pouvait encore voir, en 1959, une inscription d'époque gallo-romaine dédiée aux « mères nourricières », les déesses mères qui présidaient aux sources de l'Huveaune sur le flanc septentrional de la Sainte-Baume (29).

Autrefois les pèlerins rapportaient des « oeufs de la Sainte-Baume », appelés aussi « coucounets ». C'était de petits reliquaires taillés dans des coquilles d'oeufs. Au début du XVIe siècle, les femmes en couches, pour obtenir une délivrance facile, se ceignaient d'un cordon d'abord passé autour de la taille d'une statue de Madeleine grandeur nature (30). Ce rite existait déjà dans le culte d'Isis ainsi que celui d'Héra, déesse grecque du Mariage (31). On le retrouve également chez Notre-Dame de la Daurade, Vierge Noire de Toulouse.

Il existe d'autres similitudes entre Vierges noires et Marie-Madeleine, notamment dans les miracles qui leur sont attribués :

- La guérison de maladies ou d'infirmités, la résurrection d'enfants ou d'adulte
- La délivrance des prisonniers de leurs chaînes
- La protection des marins ou des naufragés

Marie l'Egyptienne

Il existait autrefois à Orléans une Vierge noire appelée Notre-Dame des Miracles ou sainte Marie l'Egyptienne. La légende raconte qu'elle aurait été honorée depuis le Ve siècle par une colonie syrienne installée à Orléans. Elle ajoute que lorsque la Syrie devint musulmane au VIIIe siècle, les chrétiens auraient récupéré cette statue en bois de couleur noire. Elle fut brûlée pendant les guerres de religions en avril 1562 et refaite en pierre noire (32).

Au Puy-en-Velay, la Vierge noire fut brûlée à la Révolution comme beaucoup d'autres dans cette époque de troubles. La foule révolutionnaire aurait crié : « Brûlons l'Egyptienne ! » (33).

Etait-ce une allusion à Marie l'Egyptienne ? À Isis ? Ou à sa face noiraude de bohémienne ? On nommait autrefois les Gitans « Egyptiens », plus par mépris et xénophobie que par considération du peuple qui bâtit les pyramides.

En Angleterre, Marie l'Egyptienne fut identifiée à la déesse de l'amour connue des Saxons comme « l'Epousée de Mai » (34). En France, on nomme aussi le mois de mai « mois de Marie » mais celui-ci a été associé à la Vierge bien qu'il n'y ait aucune relation entre elle et ce mois qui est celui de la déesse romaine Maia. Maia fut identifiée avec une nymphe du même nom qui s'unit, en Arcadie, à Zeus pour engendrer Hermès (35). Dans l'empire romain, « le mois de mai était considéré comme néfaste pour les activités sexuelles et les mariages ». Une fois christianisé, il est devenu « le mois de la virginité ou de la continence. » (36)

Symbolisme

Il est intéressant de noter qu'en Auvergne existent de nombreuses Vierges de majesté romanes d'une facture identique à celle des Vierges noires, mais que celles-ci ont le visage et les mains de carnation. Il arrive même que dans un même sanctuaire, une Vierge blanche côtoie une Vierge noire. Pourquoi a-t-on peint certaines Vierges en noir, si ce n'est pour marquer une différence visible de tous ? La Vierge blanche au ciel, La Vierge noire sous terre.

Les couleurs

Avec les Vierges noires, nous entrons dans le domaine des symboles. Au Moyen-âge, et de surcroît dans le domaine du sacré, on ne fait pas de l'art pour de l'art ; tout à un sens, un but précis, une fonction, une signification. Ces sombres effigies ne sont pas de simples idoles. Elles ne sont pas là par hasard et si elles se trouvent sur les chemins de Compostelle, c'est que ces chemins sont des parcours initiatiques. Les Vierges noires en jalonnent les étapes. D'après Jacques Bonvin, les couleurs originelles qui apparaissent sur ces statues lorsque celles-ci n'ont pas été altérées, sont le rouge et le vert (37). La Vierge de Montviannex qui fut décapée en 1931, porte une robe rouge ; l'enfant est revêtu d'une tunique verte. Notre-Dame des Claviers, quant à elle, porte une robe verte et l'enfant une tunique rouge. A la Chandeleur, on brûlait des cierges de couleur verte devant la statue de Notre-Dame de la Confession, à Marseille. La Vierge noire portait un habit également de couleur verte. On retrouve des cierges verts dans le culte de la Vierge noire de Murat (38).

Le rouge est couleur de la vie, du sang, de la matrice où la mort et la vie se transmutent l'une en l'autre. Caché, il est la condition de la vie. Répandu, il signifie la mort. Il est aussi la couleur du feu central de l'homme et de la terre.

Le vert est la couleur des eaux primordiales et de la végétation qui meurt à chaque hiver pour renaître à chaque printemps ; il symbolise la résurrection et l'immortalité. Dans l'art du blason, le vert se dit Sinople. Il vient du bas latin sinopis qui désigne d'abord la terre rouge de Sinope, avant de prendre au XIVe siècle, le sens de vert pour des raisons inexpliquées, alors qu'il signifiait à la fois rouge et vert. Sinope nous renvoie au culte d'Apis. En effet, en égyptien Sen-Hapi signifie « demeure d'Apis ». D'après Stéphane de Byzance, une colline de Memphis, où le culte d'Apis et d'Osor-Hapi s'était développé, portait le nom de Sinôpion . Osor-Hapi ou Osiris-Apis s'est transcrit en Sérapis. Il est l'Apis mort devenu Osiris, dieu de l'au-delà (39), réincarné en Horus, fils d'Isis.

Le rouge et le vert sont complémentaires. Dans toutes les mythologies, les vertes divinités du renouveau hibernent aux enfers où le rouge chthonien les régénère.

Le noir symbolise la mort initiatique, l'hiver, la putréfaction ; elle a lieu dans une caverne ou une grotte, ou encore une crypte ou un tombeau. C'est le retour dans l'utérus de la mère, régression indispensable pour renaître à un niveau de conscience supérieure. Marie est la mère.

Puis vient le temps de la résurrection. C'est le printemps. L'épouse intervient. Elle va chercher l'homme-dieu dans la caverne, l'utérus. La mère cède l'homme-enfant à l'épouse qui le ramène à la vie, au soleil. Seule l'épouse peut arracher un homme à sa mère. Sinon, il n'y a pas d'évolution possible, pas de résurrection, la mère dévore l'enfant, c'est une mère castratrice, alors le grain se dissout dans la terre et ne germe pas, il meurt à tout jamais. La Vierge noire symbolise le passage de la Mère à l'Epouse. Si l'enfant a des traits d'adulte, ce n'est pas par hasard. C'est le Christ ressuscité qui est représenté et non l'enfant de sa mère biologique. Celle qui le tient et le montre à l'assistance, c'est l'Epouse.

Eglise Saint-Véran

Les Vierges noires montrent l'évolution qui doit s'opérer dans chaque être durant sa vie terrestre, à travers sa quête spirituelle. Il atteint chaque pallier de sa propre évolution tout au long d'un chemin difficile, sanctionné à chaque étape par un rite de passage. Autrefois ces rites avaient lieu dans des grottes, des cavernes, des tombeaux, des labyrinthes ; les adolescents devenaient des adultes, les hommes accédaient au divin. Avec les Vierges noires, le passage se fait dans les cryptes des églises, dans des lieux qu'elles seules ont choisis. Marie-Madeleine à la Sainte-Baume, de Vierge noire, devient chaque jour une Vierge blanche, arrachée aux ténèbres de sa grotte par des anges.

Il existe à Fontaine de Vaucluse, en Provence, dans l'église Saint-Véran, un groupe statuaire représentant une scène peu commune : la Vierge Marie tend l'enfant Jésus à un troisième personnage, une jeune fille reconnaissable à ses longs cheveux ondulés : Marie-Madeleine. La Mère remet son fils à la Fiancée, future Epouse. Le passage se réalise...

Marie de Magdala

Dans les mythes agraires des dieux qui meurent et ressuscitent (Attis, Adonis, Doumouzi / Tammouz, Osiris, Mithra), le dieu mourait pour obéir aux cycles des saisons, et il fallait l'arracher aux régions souterraines. La déesse ressuscitait son fils-amant (ou son époux) et par son action, elle faisait revivre la nation et l'humanité. Elle était l'ultime source de régénération. Le dieu personnifiait le déclin, puis le réveil de la végétation. « C'était toutefois la déesse qui était la force dominante dans ce renouveau » (40).

Or dans les évangiles, qu'ils soient canoniques ou gnostiques, c'est Marie de Magdala qui tient le rôle de l'épouse, celle qui redonne la vie. Dans l'évangile de Philippe, il est dit qu'elle est pour lui (le Maître), une soeur, une mère, et une épouse.

Chez les coptes de l'antiquité et d'autres Eglises orientales, Marie de Magdala était identifiée à la Vierge Marie. Dans les homélies du pseudo-Cyrille de Jérusalem, la Vierge dit : « Je suis Marie la Magdaline parce que mon village est Magdalia » (41). Nous retrouvons cette identification également dans Le Livre de la Résurrection de Barthélemy , d'origine copte, où la mère du Christ joue le rôle de Marie-Madeleine au tombeau. Nous avons vu que l'influence égyptienne en Gaule est bien attestée dans l'antiquité païenne ; elle l'est aussi dans le haut moyen-âge (culte de certains saints, apparition du monachisme venu de la Thébaïde). Il est donc très probable que des chrétiens d'Egypte aient importé cette croyance en Gaule.

Les Vierges noires représentent-elles Marie-Madeleine ? Il ne s'agit évidemment pas de la Madeleine composée de Marie de Béthanie / Pécheresse / Marie de Magdala, femme mythique aux trois personnalités dans les différentes étapes de sa vie et dont on aurait découvert les reliques à Vézelay et à Saint-Maximin, voire même, à Ephèse, ni d'un hypothétique personnage historique, mais de Marie de Magdala, archétype, à la fois Mère, Soeur et Epouse du Christ.

Les cartes

La comparaison de la carte de la répartition des Vierges noires et celle des lieux de culte à Marie-Madeleine est révélatrice. Les Vierges noires sont principalement situées dans le Massif Central, en Auvergne, or, nous ne voyons pratiquement pas d'églises ou de chapelles dédiées à Marie-Madeleine dans cette région alors qu'elles sont fort nombreuses partout ailleurs. La raison en est simple : Madeleine aurait fait double emploi avec les noires effigies de la Vierge. En effet, symboliquement, elles ont des fonctions similaires, Marie-Madeleine étant devenue, comme nous l'avons vu, une Vierge noire, son culte en Auvergne aurait été superflu.

Vierges noires   Marie-Madeleine
Répartition des Vierges noires vers l'an 1550
 
Répartition des lieux de culte à Marie-Madeleine
Conclusion

Les Vierges Noires sont plus nombreuses dans le Massif Central (Auvergne et départements limitrophes), une région volcanique, donc à forte activité tellurique. La terre y est rouge et les roches volcaniques sont noires. La région ruisselle de sources, chaudes, froides, gazeuses, riches en fer et en oligo-éléments. Leurs vertus thérapeutiques étaient connues des Gaulois.

Les Anciens (toutes ethnies confondues) ne choisissaient pas des lieux de culte au hasard, en fait, ils les trouvaient en un point précis. Ces lieux de cultes existent toujours ; nos églises ont été bâties sur l'emplacement de temples ruinés, de pierres levées (dolmens, menhirs), ou de tables de sacrifices. Cela peut paraître choquant, mais il n'est pas rare qu'on célèbre la messe à l'endroit même où eurent lieu des sacrifices humains quelques milliers d'années plus tôt.

Nous avons vu que les Gaulois avaient adopté de nombreuses divinités étrangères et que leurs cultes se sont développés sur nos terres. L'Eglise romaine a eu bien du mal à éliminer ces cultes païens et finalement, elle a dû en intégrer quelques-uns dans ses dogmes. La Vierge, par syncrétisme, s'est substituée naturellement aux déesses Mères païennes, blanches ou noires. Il n'est pas exclu que certains cultes bien enracinés aient survécu dans nos campagnes, sous une forme déguisée, jusqu'au moyen âge où de nouvelles statues, plus conforme au canon catholique, furent fabriquées. Il est possible aussi, que des statues antiques aient été retrouvées par hasard, lors d'un labour, par exemple, et que ces idoles aient été identifiées à la Vierge. Ces effigies sorties du sol se seraient détériorées au fil du temps et on les aurait remplacées par d'autres dans le plus pur style roman. Les Vierges noires appartiennent à notre inconscient collectif, en tant qu'archétype de la Divinité féminine, perdue par les monothéistes et les iconoclastes. Cette dimension féminine du Divin qu'on a essayé d'éradiquer, en vain, depuis des millénaires (et cela continue de nos jours), finit toujours par réapparaître, sous une forme ou sous une autre. On ne peut, en effet, détruire ce qui est vivant en nous depuis la nuit des temps et qui est, de surcroît, le fondement même de notre humanité. Les Vierges Noires en sont une magnifique illustration.

Victor Mortis
le 25 janvier 2006

(21) E.O. James, le culte de la déesse-mère dans l'histoire des religions, Le Mail, Paris, 1989, p. 222.
(22) E.O. James,op. cit. p. 223.
(23) E.O. James,op. cit. p. 224.
(24) E.O. James,op. cit. p. 228.
(25) E.O. James,op. cit. p. 273.
(26) Ecrits apocryphes chrétiens, La Pléiade, Gallimard, Paris, 1997, tome 1, p. 1265 et notes.
(27) Elisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du moyen âge, Beauchesne, Paris, 1997, pp. 90-91
(28) Elisabeth Pinto-Mathieu, op. cit. p. 132
(29) Victor Saxer, le culte de Marie-Madeleine en occident, Auxerre, Paris, 1959, p. 130, note 19.
(30) Jean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Tchou, Paris, 1998, p. 418
(31) Sophie Cassagnes-Brouquet, Vierges noires, éd. Du Rouergue, Rodez, 2000, p. 146
(32) Jean-Pierre Bayard, déesses mères et Vierges noires, éd. du Rocher, Monaco, 2001, p. 217
(33) Sophie Cassagnes-Brouquet, op.cit. p. 228
(34) Robert Graves, Les mythes celtes, La Déesse blanche, éd. du Rocher, Monaco, 1979, p. 462.
(35) Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF, Paris, 1963.
(36) Jean Markale, le christianisme celtique et ses survivances populaires, Imago, Paris, 1983, p. 200.
(37) Jacques Bonvin, op. cit. p. 46
(38) Sophie Cassagnes-Brouquet, op. cit. p. 144
(39) Robert Turcan, op. cit. p. 79

(40) E. O. James, Le culte de la Déesse-Mère dans l'histoire des religions, Le Mail, 1989, p.256
(41) Ecrits apocryphes chrétiens, tome 1, La Pléiade, Gallimard, Paris, 1997, pp. 323-324, note 8,2.

©Victor Mortis, 2006. Texte déposé. Reproduction totale ou partielle interdite sans l'autorisation de l'auteur.


Livres sur les Vierges noires
Déesses mères et Vierges noires par JP. Bayard
 
Réalités et Mystères des Vierges noires par R.  Bermann
 
Vierges noires par J. Bonvin
 
Vierges noires par S. Cassagnes-Brouquet
 
Le mystère des Vierges noires par D. Castille
 
L'énigme des Vierges noires par J. Huynen
 
Nos Vierges noire par E. Saillens
   
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