Le symbolisme de la caverne et de la grotte


Les cavernes et les grottes sont les plus anciens lieux de culte de l'humanité. Lascaux, Chauvet en sont de superbes illustrations. Ce sont des lieux sacrés, comme le seront plus tard les temples, et des lieux d'initiation. L'archéologie a mis à jour des traces de pas d'adolescents près des peintures rupestres, loin de l'entrée de la grotte.

La symbolique de la caverne est double : élévation de l'âme ou descente aux enfers. Elle représente à la fois la voûte du ciel et la porte du royaume des ténèbres et des esprits.

Elle est le centre du Monde. Lorsque la stalactite rejoint la stalagmite, elle forme le Pilier du monde qui relie le ciel et la terre.

Dans « la caverne du trésor ou le livre de l'Adam oriental » (texte apocryphe du Ve siècle), on peut lire : «...le Père primitif Adam est enterré dans une caverne. Le vieux Noé, survivant du déluge, ordonne à son fils Sem d'aller y recueillir les ossements du premier homme, puis de les enterrer à nouveau, mais au centre de la terre. »

       


EVA PRIMA PANDORA
Jean Cousin, vers 1550

Selon la mythologie, Pandore fut façonnée par Héphraïstos et envoyée sur terre par Zeus pour séduire les hommes et les conduire à leur perte, afin de les punir de leurs prétentions. Chargée de veiller sur le pithos, urne funéraire dans laquelle ont été enfermés tous les maux, elle ne put résister à la curiosité, l'ouvrit et laissa ces maux se répandre sur la terre. Seule l'Espérance demeura au fond de l'urne ouverte. Pandore fut identifiée à Eve par l'Eglise catholique. Elle est représentée nue dans une grotte, une main posée sur l'urne tragique, l'autre appuyée sur un crâne. On peut remarquer que la grotte est elle-même un crâne gigantesque dont les deux orbites s'ouvrent sur l'extérieur. Un second vase est posé sur une pierre carrée, c'est-à-dire taillée de main d'homme, peut-être un livre de pierre… Dans le lointain, on aperçoit une cité, au bord d'un lac, au pied d'une montagne.



La vierge aux rochers
Dans la mythologie européenne, elle est la demeure des gnomes et des dragons, gardiens de trésors.

En tant que lieu intermédiaire entre le ciel et la terre, entre le principe masculin et le principe féminin, elle permet l'accès au divin par le trou des âmes, mais aussi par le retour au monde souterrain, par l'introspection. Elle symbolise l'inconscient et ses profondeurs labyrinthiques.

La retraite dans la caverne représente l'abri absolu. Pénétrer dans la caverne signifie, psychologiquement retourner dans le ventre maternel.

La caverne représente le sein créateur de la mère (1), l'utérus : elle est liée à la femme et à la fécondité. Elle est souvent le lieu de naissance des dieux et des héros (Mithra, Jésus...)

Les cultes chtoniens ont lieu dans les cavernes comme celui de Cybèle, dans l'antiquité, que l'on retrouvera au moyen age sous les traits des Vierges Noires, ou de vierges blanches comme ND de Lourdes, à la fois déesse-Mère, et Reine du Ciel.

 

Marie-Madeleine dans la légende chrétienne, se réfugie à la Sainte Baume, renonçant à la vie terrestre au profit de la vie supérieure. Elle est enlevée chaque jour par des anges au dessus du Saint Pilon (saint pilier) pour rejoindre son divin époux.

Dans la caverne, le temps n'existe pas, il n'y a ni hier, ni demain car le jour et la nuit y sont semblables.

Certains rituels d'initiation font passer l'adepte par la mort symbolique dans une caverne, ou un tombeau, reproduction artificiel de la caverne, et c'est seulement après être «mort » que celui-ci peut renaître à un niveau supérieur. Le Christ est mort, a été inhumé dans un sépulcre creusé dans la roche, est descendu aux enfers, pour ressusciter enfin. D'humain, il est devenu divin.

La caverne est un gigantesque réceptacle d'énergie tellurique (2). Elle a une fonction analogue à celle de la tour et du temple en tant que condensateur de forces.

Marie-Madeleine à l'entrée de la grotte de la Sainte-Baume. On peut y voir un crâne, une croix et un livre
L'architecture est riche de CaveRNes symboliques : le CaiRN (tumulus de pierre autour d'un dolmen), l'abside des églises, la mihrab (niche de pierres des mosquées), la crypte.



Reconstitution d'un cairn



Sources :

(1) BIEDERMANN, Hans / CAZENAVE, Michel, LISMONDE, Pascale, Encyclopédie des symboles, Librairie Générale Française, Paris, 1996

(2) CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont / Jupiter, Paris, 1982

CHAMPEAUX (de), Gérard, STERCKS (dom), Sébastien, Introduction au monde des symboles, coll. La nuit des temps, Zodiaque


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Dictionnaire des symboles