Marie l'Egyptienne |
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Origine D'après le Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien (1), le noyau de la légende de Marie l'Egyptienne semble avoir été un récit oral qui circulait parmi les moines de Palestine au VIe siècle. Ils se racontaient la vie solitaire d'une femme nommée Marie, qui se réfugia au désert et y vécut dix-sept ou dix-huit ans pour y expier les péchés dont elle avait été la cause. Un jour des anachorètes en voyage la découvrirent ; elle leur raconta son histoire et ils la trouvèrent morte à leur retour et l'ensevelirent. Ce récit oral connut une première rédaction, insérée dans la Vie de saint Cyriaque par Cyrille de Scythopolis. Une autre fut insérée dans le Pré Spirituel de Jean Moschus. De la première, Sophrone de Jérusalem fit un récit indépendant, conçu sur le modèle de la Vie de saint Paul ermite et où la sainte devint égyptienne. La Vie de sainte Marie l'Egyptienne eu alors un succès extraordinaire. On en connaît cinq remaniements grecs, trois traductions arméniennes, une syriaque, une autre éthiopienne, deux recensions arabes. En latin, existent les traductions de Paul Diacre et d'Anastase le Bibliothécaire, un poème de Flodoard, une Vie métrique d'Hildebert de Lavardin, un chapitre de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Il y a des traductions françaises (Ruteboeuf) et allemandes dont il existe le répertoire. Le culte a suivi la légende. D'innombrables églises furent dédiées à la sainte en Europe. Sa fête est au 1er avril dans les synaxaires byzantins, le Typicon de Sainte-Sabas, les calendriers syriaques ; le 2 avril dans les martyrologes occidentaux. D'après Jacques de Voragine, elle aurait vécu vers 270 «au temps de Claude» (2) |
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| d'après Sophrone de Jérusalem (~550-638) et Jacques de Voragine (1228-1298) |
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Confusion entre Marie l'Egyptienne et Marie-Madeleine
Il existe une confusion évidente entre Marie l'Egyptienne et Marie-Madeleine. Leurs vies se confondent, leurs représentations aussi. |
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| Au XIIe siècle, le pseudo Raban Maur notera au sujet de la vie érémitique de Marie Madeleine : |
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« Au reste, qu'après l'ascension du Sauveur elle se soit aussitôt enfuie dans les déserts de l'Arabie, qu'elle ait demeuré inconnue et sans vêtement, et autres particularités, ce sont autant de récits très faux et empruntés par des conteurs de fables à l'histoire de la pénitente d'Egypte. » (3) |
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Pour Elisabeth Pinto-Mathieu, La Vie érémitique de sainte Marie-Madeleine (IXe siècle) n'a pas été inspirée d'une vie ancienne de Marie Madeleine du Ve ou VIe siècle, mais de celle de Marie l'Egyptienne (4). Pour Christian Doumergue, il s'agit d'une véritable « contamination» (5). Marie l'Egyptienne a tellement déteint sur Marie-Madeleine que cette dernière est passée du statut de femme lettrée à celui de prostituée. Joinville, biographe de Saint Louis, décrit vers 1305, le passage de Louis IX à la Sainte-Baume en l'an 1254 : |
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« Le roi s'en vint par le comté de Provence jusqu'à une cité qu'on appelle Aix en Provence, là où l'on disait que gisait le corps de la Magdeleine ; et nous fûmes sous une voûte de roche très-haute, là où l'on disait que la Magdeleine avait été en ermitage dix-sept ans... » (6) |
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Selon la tradition, c'est trente ans que Marie-Madeleine a passés dans son ermitage, et non 17. Ce nombre dix-sept a été directement emprunté à la légende de Marie l'Egyptienne. Si la distinction n'est pas très claire pour un homme comme Joinville, que dire des gens du peuple, illettrés ? |
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Principaux points communs entre les deux saintes : |
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Marie l'Egyptienne est... égyptienne, mais Marie Madeleine ? Il semble que Marie-Madeleine fut hellénisée et instruite. Aurait-elle étudié à Alexandrie avant de s'installer en Palestine ? A-t-elle fait une escale à Alexandrie après la Crucifixion lorsqu'elle quitta la Palestine avec sa famille ? Marie l'Egyptienne est noire, brûlée par le soleil. Elle rappelle évidemment l'épouse du Cantique des cantiques : |
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| Je suis noire mais je suis belle, filles de Jérusalem, Comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon Ne prenez pas garde à mon teint noir : C'est le soleil qui m'a brûlée. |
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Or, pour Grégoire le Grand (vers l'an 600), l'épouse du cantique est la préfiguration de Marie Madeleine (7). Marie-Madeleine était-elle noire ? Nous supposons qu'elle n'avait pas un physique Nordique ! Elle devait être plutôt basanée, suffisamment pour qu'on la remarque, en Gaule, lorsqu'elle y accosta. Suffisamment pour qu'on garde d'elle un souvenir de son teint sombre... Si la légende hagiographique de Marie l'Egyptienne, (du VIe siècle au plus tard) a inspiré celle de Marie-Madeleine, il est possible aussi que les souvenirs de la vie de Marie-Madeleine (premier siècle) aient inspiré les hagiographes de Marie l'Egyptienne et qu'on ne sache plus très bien discerner les particularités de chacune des deux femmes et de leurs vies respectives. Il existait autrefois à Orléans (8), une Vierge Noire appelée Notre-Dame des Miracles ou Sainte-Marie l'Egyptienne. La légende raconte que celle-ci, installée au centre de la ville depuis le Ve ou VIe siècle a fait fuir les assiégeant normands au IXe siècle. Elle aurait eu pour nom sainte Marie l'Egyptienne car elle aurait été honorée depuis le Ve siècle par une colonie syrienne installée à Orléans. Lorsque la Syrie devint musulmane au VIIIe siècle, les chrétiens récupérèrent cette statue en bois de couleur noire. La statue fut brûlée au moment des guerres de religions en avril 1562, puis refaite en pierre noire. Il existe à Rocamadour une célèbre Vierge noire mais ce que l'on sait moins, c'est qu'une autre statue noire est également conservée au musée du pèlerinage de Notre-Dame de Rocamadour. Cette statue serait du IXe siècle. Le visage a été intentionnellement peint en noir. Elle possède les caractéristiques des vierges romanes d'Auvergne du XIe siècle mais sans l'enfant. D'après l'abbé J. Depeyre, auteur d'un article à son sujet dans le Bulletin de la Société des Etudes du Lot paru en 1954, il s'agirait d'une représentation de sainte Marie l'Egyptienne.(9) A la révolution, des Vierges Noires furent brûlées, et pour l'une d'entre-elle, quelqu'un aurait crié : «brûlons l'égyptienne ! » (10) Etait-ce une allusion à Isis ? À Marie l'Egyptienne ? Ou peut-être aux deux ? Il est possible que la légende de Sara la Kali, Sara la Noire, des Saintes-Maries-de-La-Mer soit également liée à Marie l'Egyptienne. (1) Dictionnaire Encyclopédique du Christianisme Ancien, Cerf, 1990, Article : Marie l'Egyptienne
(2) Christian Doumergue : Marie-Madeleine, la Reine Oubliée, Tome 1 : l'épouse du Christ, Lacour-Redivida, Nîmes, 2004, p.275 (3) Les cahiers de la Sainte-Baume, n° 9, fraternité Sainte Marie-Madeleine, la Sainte-Baume, 1994, p.101, cité dans Doumergue, Christian, Marie-Madeleine, la Reine Oubliée, Tome 1 : l'épouse du Christ, éd. Lacour, Nîmes, 2004, p. 276. (4) Elisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du moyen âge, Beauchesne, Paris, 1997, p. 90 et suiv. (5) Christian Doumergue : Marie-Madeleine, la Reine Oubliée, Tome 1 : l'épouse du Christ, Lacour-Redivida, Nîmes, 2004, p.274 et suiv. (6) Joinville, Vie de Saint Louis, Jean de Bonnot, Paris, 1997, CXXXIV, 663, p. 365 (7) Elisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du moyen âge, Beauchesne, Paris, 1997, p.6 et suiv., p.13 (8) Jean-Pierre Bayard, déesses mères et Vierges noires, éditions du Rocher, Paris, 2001, p. 217 (9) op. cit. p. 220 (10) op. cit. p. 81 |
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