Marie Madeleine appartient à l’Evangile. La sainte se confond avec la pécheresse convertie par Jésus, Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare. Madeleine fut le témoin de sa Passion et l’évolution de la tradition la fit participer à son ensevelissement. Elle fut la première à voir apparaître Jésus, ressuscité, qu’elle ne reconnut pas d’abord et qu’elle prit pour le jardinier. Elle annonça la Résurrection à Pierre et Jean. Ainsi, Marie Magdeleine est, avec saint François, le personnage qui représente le mieux la conversion et la pénitence. Figure emblématique de la pécheresse, la sainte se retire du monde pour expier sa vie passée. La tradition chrétienne entretient donc une certaine ambiguïté dans la distinction entre une Marie Magdeleine pécheresse et une autre sainte, dualité que l’on retrouve dans l’art des XVIIe et XVIIIe siècles.
Les lieux qui lui sont consacrés dans la région sont associés à des maladreries ou léproseries : des maladreries lui sont dédiées à Grâces et Pleudihen sur Rance, un hôpital à St Brieuc, un Hôtel-Dieu à Tréguier, des chapelles à Broons, Merdrignac (détruite en 1840), Plancoët, Plouézec, et Plouasne, des églises à La Cheze et St Guen, et des statues la représentent dans les chapelles St Jean-Baptiste et St Antoine de St Jacut du Mené et Ste Barbe de Plouaret. La dédicace à Marie-Magdeleine est donc associée à un établissement hospitalier. C’est le cas à Trédaniel.
Le site de La Magdeleine est situé au point de rencontre des paroisses de Bréhand, Hénon et Trédaniel dont il dépend. L’occupation humaine y est attestée au XIe siècle sinon au XIIe siècle par la présence à « La Vallée », au pied de Moncontour, d’un site réservé aux nombreux miséreux et malades (lépreux notamment). L’établissement charitable est désigné dans les archives sous les noms évocateurs de « maladrerie », « maladrie », « caquinerie », « léproserie » et « totininerie ». Le développement des maladies infectieuses, auquel les retours de croisade auraient contribué (1), impose aux personnes atteintes, appelées « caquins » ou « cacous », de se regrouper au sein de ces maladreries. Un véritable ostracisme s’abat sur les caquins et leur descendance, mis au ban de la société pour plusieurs générations, contraints à l’autosuffisance. Quelques rares métiers leur sont accordés, telle la corderie (d’où les « Corderies »).
La chapelle de La Magdeleine (document de 1762) |
L’établissement comprend une chapelle dédiée à Marie-Magdeleine, située au Nord, dans la prairie. Sa fondation fait l’objet d’une légende rapportée en 1840 par l’abbé Duhamel : « Si l’on en croit une tradition populaire, cette chapelle a été bâtie par suite d’une apparition de Sainte-Magdeleine, qui révéla qu’il avait existé jadis une chapelle dans ce lieu, et désigna une certaine pierre qu’elle recommanda bien de ne pas oublier de mettre dans la nouvelle chapelle qu’elle ordonna de lui bâtir »(2). Cette légende apocryphe rappelle étrangement les apparitions de sainte Anne près d’Auray en 1624, et à Quévert, au milieu du XVIIe siècle, ou celles de la Vierge à Querrien en La Prénessaye en 1652, et à Lanvellec en 1660 ; en fait, l’intérêt lié au succès de ces manifestations n’aurait-il pas favorisé l’invention d’apparitions de ce type au cours de ce XVIIe siècle, comme le suggère leur curieuse contemporanéité ? Au lendemain des désastres de La Ligue, la Contre Réforme avait imposé une longue campagne de rechristianisation d’un peuple rural qui, par les résurgences païennes et animistes de sa croyance profonde (notamment avec le développement des pèlerinages et des cultes de saints thaumaturges), inquiétait les prédicateurs qui y voyaient un « complot satanique ». L’Eglise, avec notamment l’action de prédicateurs particulièrement virulents, développe alors des efforts considérables d’encadrement des esprits. Il n’est guère étonnant que cet encadrement ait provoqué, chez des personnes dont la bonne foi n’a même pas besoin d’être remise en cause, des « visions » mystiques tout de suite accréditées par l’Eglise. En fait ces phénomènes se renouvellent au XIXe siècle, autre période d’encadrement religieux extrême. On observe par ailleurs une parenté troublante entre ces apparitions à travers l’indication d’une pierre devant être incluse dans l’édifice dont la construction est exigée ; sans doute la chapelle de La Magdeleine, détériorée au cours de La Ligue, nécessite-t-elle une restauration… Voilà en tous les cas de quoi douter de l’authenticité de cette prétendue « apparition » de sainte Magdeleine à Trédaniel.
Le prieuré, qui comprend la maladrie, possède également logis et annexes, prairies, moulin et étang. En 1190, le prieuré de La Magdeleine est confié avec ses dépendances à l’abbaye de Sainte-Croix de Guingamp ; la bulle de Clément III rédigée à cette occasion mentionne l’église de La Bienheureuse Marie-Madeleine : « ecclesiam Beate Marie Magdeleine juxta Montem Consularem cum omnibus appenditiis suis»(3). La chapelle a par ailleurs livré la preuve de son ancienneté avec la découverte en 1868 d’un petit ensemble monétaire comprenant des monnaies datant du XIe siècle au tout début du XIIIe, accompagnées d’une matrice seigneuriale appartenant à la famille de Maroué(4). Une étude approfondie de cet ensemble permet de le dater du tout début du XIIIe siècle (voir Le dépôt de La Magdelaine).
Le prieuré de La Magdelaine fait l’objet en 1256 d’un échange avec celui de La Roche-Derrien, appartenant à l’abbaye Saint-Melaine de Rennes, par lequel Hervé de Launay, abbé de Saint-Melaine, permet aux deux prieurés d’être situés davantage à proximité de leur abbaye respective. Surtout, avec l’acquisition des établissements de Bréhand (vers 1130), de Plémy (1132), de Saint-Michel de Moncontour (1137), de La Magdeleine (1256) et de bien d’autres concessions (celle de Guillaume Le Noir en 1274), les bénédictins de Rennes confortent leur présence dans la châtellenie de Moncontour. En 1272, un acte rédigé à l’occasion d’une présentation à la cure de Bréhand mentionne le prieur de La Magdeleine, Hervé II.
Le développement des échanges commerciaux permet l’établissement d’une foire qui se tient traditionnellement le 22 juillet dans toute la prairie de La Magdeleine et des Grands Moulins. Le succès de cette foire qui perdurera au même endroit jusqu’au début du XIXe siècle, contribuera à la renommée du prieuré.
Aux XVe et XVIe siècles, La Magdeleine comprend la chapelle, un jardin, une métairie et les prés de cette vallée appelés « le pré de l’hostel » (situé au Sud de la chapelle, sur lequel se tient la maison du prieuré), « le pré de la chapelle », « les grands prés » et « le pré des petits retraits ». Un aveu de 1554 nous informe que le prieuré possède une métairie en Hénon, quelques rentes en Plessala et Trégenestre et le droit de coutume sur toute marchandise mise en vente à la foire(5).
La chapelle consiste en un petit édifice rectangulaire, de plan assez allongé. Les plans dressés à partir du XVIIIe siècle indiqueront un rapport de l’ordre du triple entre la largeur et la longueur de l’édifice : sa largeur semble être d’environ 8 m pour une longueur se situant entre 22 et 28 m(6). Ces proportions rappellent d’ailleurs celles de l’église paroissiale dont les dimensions les plus anciennes que nous puissions établir sont d’environ 7 mètres de largeur pour 23 mètres de longueur. La chapelle est orientée à peu près Est-Ouest. Elle possède, selon les écrits du XVIe siècle, une couverture en « pierres vertes » (ardoises) dont une partie est prélevée en 1599 pour la restauration du parcours des pèlerins à Notre-Dame et Saint-Mathurin.
La maison du prieuré, appelée « Maison de La Magdeleine », est située au bord du « grand chemin » de Moncontour à Lamballe, sur une bande de terrain appelée « le pré de l’hostel » délimitée au Sud par le « vieux chemin creux » conduisant aux Grands Moulins et au Nord par le cours d’eau venant de Moncontour ou sortant du moulin du Pré. Au XVIe siècle déjà, elle n’appartient pas à l’abbaye de Saint-Melaine mais aux seigneurs des Granges. L’abbaye rennaise n’y présente plus d’abbé, laissant au curé de Trédaniel le soin de dire la messe mais se réservant évidemment les droits liés à la foire. Cette « Maison de La Magdeleine », signalée dans un aveu de 1555, est déjà à cette date vraisemblablement ancienne. Abandonnée, elle se dégrade rapidement (les destructions des temps de La Ligue y sont sans doute pour beaucoup) et apparaît comme étant ruinée dès le début du XVIIe siècle : ainsi le 1er décembre 1639 Peronelle de Lys, dame des Granges, rend aveu à la seigneurie de Moncontour pour une « mazière et emplacement d’une maison appelée La Magdeleine » ; le dessin dit de 1666 ne montre dans le « pré de l’hôstel » aucun vestige de bâtisse mais précise au contraire que c’est dans cette parcelle que sont parqués les bestiaux lors de la foire ; c’est une ruine que désigne Silvestre Hierasme Le Mintier lorsqu’il rend aveu en 1699 pour la « maison de la Madeleine prés et caves »(7) ; le mémoire de 1711 signale qu’« il n’en reste plus que l’emplacement de ses murailles »(8) ; et le plan de 1762 ne présente à son tour aucun vestige dans le « pré de l’hostel »(9).
La disparition progressive de la lèpre provoque au XVIe siècle une mutation dans le milieu des maladreries qui doivent fermer ou étendre leur activité. Celle de Trédaniel subsiste, accueillant sans doute autant de malades que de miséreux, mais l’ostracisme demeure sur les caqueux. Au lendemain des guerres de la Ligue (1590-1598), le retour des maladies infectieuses provoque le développement du culte des saints thaumaturges et des pèlerinages, sensible dans toute la Bretagne du XVIIe siècle. A cette époque en effet, outre le culte de sainte Madeleine, la chapelle propose au culte des saints guérisseurs, représentés par des statues en bois polychrome, de dimensions variables (de 0,70 m à 1,20 m de hauteur), qui sont probablement l’oeuvre d’un artiste ou artisan local. Leur rôle de guérisseur s’accorde avec la fonction de l’établissement : ainsi Yvertin guérit des maux de tête, Houarniaule protège les troupeaux, Mamert guérit des coliques, Clair et Lubin guérissent des maux d’yeux (10). Une fontaine, à laquelle on attribue évidemment des vertus curatives, est située au bord de la route de Lamballe au niveau des maisons du Bas-Bourg ; elle abrite une statue de sainte Madeleine, en bois polychrome, datant probablement du XVIIIe siècle (11).
Les archives de Saint-Melaine évoquent moins le prieuré que la terre et les droits sur la foire. Le prieur conserve son droit de coutume sur toutes les marchandises vendues à la foire dont il perçoit les sept huitièmes des revenus, le reste allant au seigneur des Granges, propriétaire du terrain.
Le minu du rachat de La Magdeleine fourni le 27 novembre 1666 au procureur fiscal de Moncontour par Pierre Le Mintier, sieur des Granges, signale que ce dernier possède dans la chapelle enfeu, prééminences avec banc à accoudoir et écusson de ses armes ; quant à prairie sur laquelle se tient la foire, il y possède des « caves » et droit de coutume sur tous les marchands étalants. Le seigneur des Granges perçoit également une somme modique pour chaque cheval parqué dans la prairie le jour de la foire.
Un « Mémoire pour les Coutumes de La Magdeleine » est rédigé en 1711 pour déterminer les droits perçus par l’abbé de Saint-Melaine sur les marchands lors de la foire, droits contestés par la seigneurie de Moncontour (12). Son rédacteur montre que si le seigneur des Granges, propriétaire du terrain sur lequel se dresse la chapelle, possède un droit de coutume sur les marchands qui s’y installent lors de la foire, les « héritages » situés sur les prés environnant le « pré de la chapelle » relèvent de la seigneurie de Moncontour et appartiennent donc au duc de Penthièvre ; l’abbé de Saint-Melaine ne possédant rien « en domaine ny en fief », ne peut prétendre aux droits qu’il lève : « il est donc probable que si M. l’abbé de St Melaine a les sept huitièmes parties des coutumes de cette foire, c’est par des donations faites par le Seigr de Montcontour aux abbés et religieux de S. Melaine ». Le mémoire précise par ailleurs qu’« il y a encore dans ces prez des caves qui sont des lieux fermez de murailles pour contenir 4 ou 5 barriques de vin ou cidre qui se vendent aux jours de foire et assemblée. Cette maison et ces caves appartiennent au propriétaire de ces prez dont le seig. de Montcontour en personne ».
Ce mémoire comprend un « Plan pour les coutumes de La Madeleine », datant de 1666, qui constitue le plus ancien document connu représentant le site et le décrivant ainsi que les droits liés à la foire (13). D’après ce document, les maisons du « Bas-Bourg » possèdent déjà une configuration proche de celle qu’elles présentent aujourd’hui encore. La plus importante appartient à « Mademoiselle du Bas Bourg » qui possède la prairie où se vendent les chevaux, sur laquelle elle prélève un droit de coutume. Le marché aux bleds se tient auprès du moulin à fouler ; la coutume y est alors levée par le sieur de La Villevolette. Les « marchands étaleurs », sur lesquels le sieur des Granges prélève sa coutume, se tiennent sur le pré de la chapelle.
Lors de la procession annuelle de Moncontour, le cortège passe désormais par La Magdeleine pour gagner Notre-Dame-du-Haut puis Saint-Cast. Hormis celles des seigneurs des Granges, il ne semble pas qu’il y ait eu d’inhumations dans la chapelle, contrairement à ce qui se faisait dans biens des chapelles de la région de Moncontour ; du moins n’en est-il fait aucune mention dans les archives qui nous sont connues. Une nous est néanmoins signalée dans l’état civil de 1719 : Louis Bourde, décédé à la métairie du Bas-Bourg le 20 août 1719, est inhumé dans la chapelle de La Magdeleine le 22 par François Guillaume Poulain, recteur de Trédaniel ; mais sans doute s’agit-il d’un membre de la famille propriétaire des Granges.
La maladrie existe encore au XVIIIe siècle. Elle semble posséder d’assez bons revenus, 600 livres d’après Le Pouillé de Tours (14). Les actes d’un procès opposant en 1737 le comte de Toulouse à l’évêque de Saint-Brieuc mentionnent « l’hôtel de la Caquinerie » ou « totininerie », situé à l’entrée du faubourg de la vallée ; la caquinerie sera d’ailleurs encore visible sur les cadastres du début du XIXe siècle.
Les pièces du procès intenté en 1762 par le duc de Penthièvre contre le prieur de Saint-Michel de Moncontour pour l’envasement de l’étang des Grands-Moulins (15), prétendument causé par l’accident survenu à la chaussée de l’étang Prioux situé en amont, comprennent un « plan de La Madeleine et des Grands Moulins ». Les boues ont contraint la rivière à sortir de son lit au niveau du « pré de l’hôstel » pour se déverser dans le chemin creux conduisant aux Grands Moulins, et ne retrouve son lit que pour se déverser dans l’étang.
La chapelle est évidemment indépendante du Conseil de Fabrique. L’abbé Duhamel ne trouve « le nom de cette chapelle qu’une seule fois dans les comptes des Trésoriers ; c’était en 1744, pour une garniture de cierges. Cependant d’après une délibération de 1762, il paraît qu’elle appartenait à des Seigneurs particuliers, et de mémoire d’hommes, dit-on dans cette délibération, « ses offrandes en tout ou en partie, ont tourné au profit de la fabrique et le général n’a jamais voulu y toucher » (textuel). Néanmoins en 1782 le Recteur versa au trésor 55 livres, produit des quêtes, dons et offrandes faites à la dite chapelle pendant les deux dernières années, et le Général délibère d’y nommer un Trésorier spécial, ce qui, dit-on, n’a pas eu lieu depuis longtemps. Cependant il ne le désigne pas, le nom est demeuré en blanc. En 1786 on voit que les deux chapelles avaient le même trésorier. Il n’est non plus, nulle part, fait mention de ses revenus. Tout ce que j’ai découvert à cet égard, c’est ce qu’en 1769, on prétendait qu’une certaine Péronnelle Chauvel avait fait une rente de trois livres à la Magdeleine, pour être mise dans la prière nominale »(16). A partir de 1782-1783 en effet, des offrandes faites à la Magdeleine apparaissent dans les comptes de la Fabrique. Les revenus casuels y sont minimes, de l’ordre de sept fois inférieurs à ceux de Notre-Dame du Haut.
En septembre 1790, un décret de l’Assemblée Nationale limite à une seule paroisse les villes de moins de 6.000 habitants. Aussi, au début de l’année 1792, la communauté de Trédaniel choisit Notre-Dame du Haut pour unique lieu de culte. Le conseil municipal de Moncontour insiste alors beaucoup sur la nécessité de fermer l’église et les chapelles de Trédaniel, lieux de rassemblements dominicaux, fréquemment rouvertes par un prêtre insermenté y pratiquant des quêtes. Il obtient en mars 1792 l’annexion de la paroisse de Trédaniel ainsi que la fermeture de nombreuses chapelles dont celle de La Magdeleine. Le 30 avril 1798, Harel, récemment nommé commissaire du pouvoir exécutif près de l’administration municipale du canton, procède à l’estimation du terrain dépendant de la chapelle, planté de peupliers, et du bâtiment, vétuste, tous deux vendus pour 315 livres par le seigneur des Granges à Boullaire Villemoisan, procurateur du notaire Jean-François Doré-Gaubichaye, qui agit lui-même pour Gervais Geslin aîné, de Moncontour (17).
La paroisse, contrainte en 1806 de choisir entre les deux chapelles de la Magdeleine et de Notre-Dame du Haut, préfère la dernière et « Mr de Trémargat, propriétaire des Granges et du fond sur lequel l’autre est située, l’a laissée tomber dans l’état où nous la voyons aujourd’hui » écrit l’abbé Duhamel en 1840.
La foire de la Magdeleine est transférée à Moncontour en 1807, au grand dépit de Trédaniel qui en tirait un grand profit. En mai 1820 l’harmonisation de la date des foires de Moncontour avec celles de la région déplace celle de La Madeleine du 22 juillet au 3e lundi de juillet.
La démolition des bâtiments paraissant inéluctable au début du XIXe siècle, la statue de sainte Madeleine est transférée dans l’église paroissiale où elle réside dans une niche en pierre alors que celles des saints guérisseurs sont placées dans la chapelle de Notre-Dame du Haut (18). La chapelle est détruite en 1823. En avril 1828 est réalisé le transport des pierres de La Magdeleine à Saint-Michel, où l’on construit l’année suivante une chapelle à l’emplacement de l’ancienne église. Les derniers vestiges de La Magdeleine disparaissent avec l’arasement de son emplacement en 1868.
La situation du site par rapport aux voies de passage qui faisaient autrefois son atout va désormais contribuer à son aliénation. Il est conditionné par le passage des routes reliant Yffiniac et Lamballe à Moncontour qu’il faut sans cesse élargir pour les adapter à une circulation croissante. Les moulins sont abandonnés, le cours d’eau dévié ; l’envasement de l’étang, commencé au XVIIIe siècle, s’amplifie et l’étang n’est plus au XXe siècle qu’un marécage cédant progressivement la place aux remblais. Le réseau routier se modifie à son détriment : alors que la route de La Magdeleine au « Vau-Lorrain » est abandonnée, une voie permettant l’accès à la route d’Yffiniac est réalisée à travers le site, dans le prolongement de la nouvelle route de Collinée qui relie le « Bas-Bourg » à « l’Enseigne ». Vers 1980, la commune de Moncontour construit sa station de traitement des eaux usées sur la parcelle formant l’angle Sud de la prairie, au niveau de l’embranchement des routes, c'est-à-dire à l’emplacement où se tenait jusqu’au XVIe siècle la « Maison de La Magdeleine » ; cette construction s’effectue sans qu’aucune recherche archéologique n’ait pu être effectuée alors qu’on aurait pu s’attendre à la présence de vestiges. En 1985, la Commune de Trédaniel projette de créer une « zone de services » au Bas-Bourg, appelée « les Portes du Mené ». Elle fait pour cela l’acquisition de la parcelle A 674 dite « le pré de La Magdeleine »(19) qu’elle fait remblayer. Enfin, la profusion de panneaux routiers et publicitaires achève de défigurer le site.
(1) - Au XIIe siècle, le Comte de Penthièvre Rivallon, déjà évoqué au sujet de la première mention écrite de Trédaniel (charte de 1152), avait un fils aîné, Etienne, qui fut atteint de la lèpre et que l’on surnomma pour cette raison « Etienne le Lépreux ».
(2) -Registre de Paroisse (1840-1960).
(3) - Dom MORICE, Pr., I.717-719. C’est parce que le prieuré dépend de l’abbaye de Saint-Melaine et non de la paroisse, comme la chapelle de Notre-Dame du Haut, que nous ne trouvons pas sa mention dans les registres du Conseil de Fabrique de Trédaniel ; à la fin du XVIIIe siècle toutefois, nous y trouvons quelques mentions.
(4) - GAULTIER DU MOTTAY J., Répertoire archéologique des Côtes-du-Nord, 1872, réed. Mémoires de la Société Archéologique et Historique des Côtes-du-Nord, T.I, p.198. HOUSSAYE A., Moncontour, p.110.
(5) - HOUSSAYE A., Moncontour, p.58.
(6) - Je me base ici sur la comparaison du plan de 1762 avec le plan cadastral de 1842.
(7) - A.D.C.A. 1 E 797.
(8) - A.D.C.A. 1 E 665.
(9) -A.D.C.A. 1 E 635. Voir le document.
(10) - L’existence des statues de saint Hubert et Méen n’est pas attestée, alors que celle de sainte Eugénie ne provient probablement pas de La Magdeleine, son culte étant une interprétation de celui de Tujan ou Tujen, sorte de culte solaire lié à la fontaine proche de Notre-Dame (Voir Les Saints Guérisseurs et La fontaine Saint Tujen).
(11) - Dans la seconde moitié du XXe siècle, cette statue fut volée puis restituée ; le propriétaire, M. de La Brosse, jugea alors préférable de ne plus l’exposer aux actes de vandalisme et de la conserver chez lui. Le fermier, qui avait trouvé une statue de saint Joseph, la disposa à l’emplacement de la précédente, d’où l’évocation erronée de « fontaine Saint-Joseph ». C’est actuellement une vierge à l’enfant que l’on peut y voir, mais la statue est déjà fort dégradée.
(12) - A.D.C.A. 1 E 665. Voir le document Mémoire touchant les Coutumes de La Magdeleine, 1711. En 1762, dom Trouvain, prieur de Saint-Michel, fît vider l’étang du prieuré encombré par les vases mais la chaussée ayant été éventrée à cet effet dans toute sa profondeur, les boues se déversèrent dans le vallon et atteignirent l’étang des Grands-Moulins. Le duc de Penthièvre, propriétaire de cet étang, intenta un procès au prieur qui ne se libéra qu’en payant 720 livres en réparation du préjudice causé.
(13) - A.D.C.A. 1 E 665. Voir le document Plan pour les coutumes de La Magdelaine. Il avait été publié en 1990 par JOUVE G., Moncontour, p.118, avec la date de 1666, ce qui laisserait penser qu’il proviendrait du minu de Pierre Le Mintier. Or ce plan ne comporte aucune date et, comme il est isolé de la liasse, rien ne prouve qu’il provienne de ce minu ; au contraire, il corrobore le mémoire de 1711 dont il pourrait plutôt provenir. Faute de certitudes, je ne puis qu’accepter la date de 1666 avancée par Guy Jouve.
(14) -HOUSSAYE A., Moncontour, p.30.
(15) - A.D.C.A. E 635.
(16) - Registre de Paroisse (1840-1960).
(17) - A.D.C.A. 1 Q 1/12. COUFFON R., Répertoire des églises et chapelles des Côtes-du-Nord, in. Bulletin de la Société d’Emulation des Côtes-du-Nord, tome LXXII (1940), p.51-52.
(18 ) - Ces dernières seront finalement victimes de la cupidité humaine puisqu’elles disparaîtront avec celle du petit breton dans la nuit du 19 au 20 avril 1985, donnant naissance à « l’affaire » des saints guérisseurs.
(19) - Délibérations du Conseil Municipal (1973-1988), séance du 31/1/1985
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*Extrait du compte-rendu de recherche : « Trédaniel, éléments d’histoire, patrimoine », Bertrand L’Hôtellier, 2000. Une synthèse de ce travail a été publiée sous le titre : « Trédaniel, histoire et patrimoine », éd. SPCM, 2000.
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